Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame de Laon, située dans le département de l'Aisne en région Hauts-de-France, est l’un des premiers édifices gothiques majeurs de France. Commencée en 1155 sous l’épiscopat de Gautier de Mortagne, sa construction s’échelonna jusqu’en 1235, marquant une transition entre le gothique primitif et le gothique classique. Elle fut édifiée à l’emplacement d’une cathédrale romane incendiée en 1112, elle-même succédant à des édifices carolingien (consacré en 800 en présence de Charlemagne) et mérovingien. Son plan en croix latine, ses cinq tours (dont la célèbre tour-lanterne), et son chevet plat, inspiré des modèles anglais, en font un monument unique.
La construction s’organisa en cinq campagnes majeures : le chœur et le transept (1155-1170), les cinq dernières travées de la nef et les portails du transept (1170-1185), l’achèvement de la nef et de la façade occidentale (vers 1200), puis l’allongement du chœur (1205-1220). Les tours, dont celle dédiée à Thomas Becket (passé à Laon en 1163), furent couronnées de flèches, dont une seule, démolie en 1793. Les vitraux, partiellement détruits en 1870 par une explosion, et les sculptures des portails (Jugement dernier, Nativité, Couronnement de la Vierge) témoignent d’un programme iconographique riche, mêlant eschatologie et humanisme.
Au XIVe siècle, 27 chapelles furent ajoutées entre les contreforts, et la façade sud du transept fut remaniée. La cathédrale subit des dommages lors de tremblements de terre (1692), de la Révolution (destruction de sculptures et de la flèche sud), et de la Première Guerre mondiale, bien qu’épargnée par les combats. Restaurée au XIXe siècle par Émile Boeswillwald, elle abrite un trésor liturgique remarquable, dont une icône de la Sainte Face offerte par le pape Urbain IV (ancien archidiacre de Laon), et des orgues dont le buffet date de 1698. Son cloître, classé en 1889, et ses bœufs sculptés en grandeur nature sur les tours restent des énigmes architecturales.
La cathédrale, construite en calcaire lutétien extrait des carrières locales (dont celles de Chermizy, à 15 km), illustre l’ingéniosité médiévale : ses voûtes sexpartites (24 m de hauteur), son triforium aveugle, et ses rosaces (comme celle des arts libéraux, 1180) en font un modèle pour les cathédrales de Bamberg, Magdebourg ou Chartres. Symbole du pouvoir épiscopal, elle fut aussi un lieu de pèlerinage, accueillant les reliques de saint Béat dès 1164. Aujourd’hui, elle domine toujours la plaine picarde, témoin de près de neuf siècles d’histoire religieuse et architecturale.